Retours sur Faim d’Avenir,
une journée riche d’échanges

La journée Faim d’Avenir 2025 était un aboutissement de la Recherche-Action Nourritures Terrestres sur la participation des personnes concernées par la précarité dans les projets de démocratie alimentaire.
Après avoir mené 15 entretiens avec des organisations engagées sur ce sujet, le MES Occitanie a identifié 7 enjeux clés. Sur chacun de ces enjeux, découvrez des freins et des leviers identifiés à travers la parole des interviewés.

démocratie alimentaire

les nourritures terrestres

LES NOURRITURES TERRESTRES, LE PROJET QUI BOOSTE LA DÉMOCRATIE ALIMENTAIRE !

Sommes-nous capables d’engager une économie solidaire et populaire sur nos territoires ?

De changer de regard sur les personnes au chômage ?

De laisser la place aux personnes précarisées ?

Savons-nous engager un processus de gouvernance des Communs pour une démocratie alimentaire et un accès digne à une alimentation de qualité ?

Le Mouvement d’Économie Solidaire Occitanie agit en faveur d’une économie citoyenne, ouverte au monde et engagée vers la transition sur les territoires. Dans ce projet 2022-2024, il s’agit de documenter 25 initiatives alimentaires solidaires en Occitanie afin de créer un référentiel commun autour des processus de participation des citoyen.nes, en particulier des personnes précaires.

L’objectif est de diffuser les bonnes pratiques, et de formuler des éléments de plaidoyer en faveur de la démocratie alimentaire avec / à destination des réseaux de collectivités, réseaux ESS, réseaux agricoles et alimentaires, et l’enseignement-recherche au niveau local, national et européen (REPESS).

les marchés suspendus

Expérimentation 2023-2024

Les marchés suspendus c’est quoi ?
Un geste de solidarité des consommateurs des marchés de pleins vents à destination des personnes précarisées en collectant fruits et légumes locaux de qualité ainsi que du pain et des œufs pour les associations de solidarité toulousaine.

Le projet ambitionne de faire le lien entre personnes précarisées, producteur.ices et consommateur.rice.s en les associant à son fonctionnement et à sa gouvernance au travers d’une communauté citoyenne

Comment ?
Les citoyen.nes solidaires donnent une part de leurs achats qui sera ensuite redistribuée à des personnes précarisées pour permettre une alimentation digne et qualitative pour toutes et tous.

Ressources

Comment les personnes et notamment les plus précarisées, les plus concernées peuvent-elles se réapproprier leurs systèmes alimentaires et orienter leurs évolutions ?

Après avoir mené 15 entretiens avec des organisations engagées sur ce sujet, le MES Occitanie a identifié 7 enjeux clés. Sur chacun de ces enjeux, découvrez des freins et des leviers identifiés à travers la parole des interviewés.

Les 7 critères et les verbatims associés

Critère 1 : Implication individuelle des personnes précarisées
/ Niveau d’implication des personnes précarisées / Ressenti des personnes précarisées

Freins

  • Il n’est ni facile ni naturel d’entrer en contact (Caracole, 31).
  • Il y a beaucoup de “gens qui souhaiteraient s’impliquer mais, faute de moyens ou de temps, ne le peuvent pas (Les Invisibles, 31).

Leviers

  • L’existence de temps informels facilite l’implication dans le projet et permet d’avoir différents niveaux d’implication de la part de ses adhérent·e·s (Caissalim, 31). 
  • La méthodologie d’animation peut favoriser l’intelligence collective, les gens deviennent acteurs (Colibris, 30). Il y a une plus forte implication quand les habitant·e·s des quartiers et les paysan·ne·s co-organisent la Fête des Savoirs-faire paysans (GAB, 65). 
  • De même, l’implication se renforce grâce à des ateliers cuisine où des plats sont élaborés avec des produits locaux (Maillon Solidaire, 66).

 

Critère 2 : Lien social et rapport au collectif
– Initiative créatrice de liens sociaux ? (Transformation sociale)

Freins: 

  • Plusieurs enjeux émergent lors de la création d’un collectif citoyen : la sensibilisation, la connaissance et l’appropriation de celle-ci, ainsi que la multiplication des angles de vue (Tiers-Lieu ORRIS, 09).
  • Il y a parfois des difficultés à cause des nombreuses personnalités fortes présentes (Bio Ariège-Garonne HmmLab, 09).
  • Saisir la complexité d’un sujet et les objectifs à atteindre peut devenir une condition pour que les personnes non professionnelles s’impliquent au sein d’un collectif (Tiers-Lieu ORRIS, 09)


Leviers:

  • Construire une culture commune (Bio Ariège-Garonne HmmLab, 09).
  • Remettre du collectif au sein des enjeux de société ; car ceci est mis à mal par une société qui prône l’individualisme et la compétition (PETR Ariège, 09). 
  • La notion d’espace commun est importante pour renforcer le rapport au collectif. Le lien social est plus valorisé par le fait de se retrouver autour de l’humain qu’autour d’un objectif commun seul (PETR Ariège, 09).

 

Critère 3 : Gouvernance et délibération
– Qui prend les décisions, pourquoi et comment ?

Freins

  • En raison de la diversité des statuts des individus, la décision n’est pas toujours formalisée. Ainsi, différentes échelles de prise de décisions se créent et tous les publics ne peuvent pas être impliqués à tous les niveaux (Tiers Lieu ORRIS, 09).


Leviers

  • Le collectif doit savoir écouter pour comprendre les demandes non exprimées, en fonction des situations (Les Invisibles, 31).
  • Grâce au questionnaire individuel, on propose un meilleur accueil et une meilleure prise en compte des souhaits des personnes concernées (Secours Catholique – Délégation Tarn-Aveyron-Lozère, 12).

 

Critère 4 : Une initiative source d’émancipation citoyenne
(démocratie économique, pouvoir d’agir du citoyen) et de transformation systémique sur le long terme (le modèle économique, son inscription dans le temps)

Freins

  • Il y a une dépendance financière vis-à-vis des subventions (Tiers-Lieu ORRIS, 09). 
  • Et parfois les organisations ne parviennent pas à trouver du financement (Les Invisibles, 31).
  • Il y a la question du modèle économique qui pour l’instant est basé sur des demandes de subventions et des financements publics, ce qui n’est absolument pas sécurisant (Communauté de Communes du Haut-Allier – PAT CLS, 48).
  •  À long terme, l’initiative ne pourra pas perdurer sans financement citoyen. L’enjeu est donc d’obtenir des financements auprès de fondations extérieures (Colibris, 30).
  • Disposer d’un lieu, c’est cependant, ce qui manque le plus souvent. (Tiers-Lieu ORRIS, 09).


Leviers

  • Un des leviers pour faciliter les transitions alimentaires serait d’informer les publics sur les problématiques liées. Il s’agit de passer de la simple transmission d’informations à la co-construction. Intégrer des observations venues de projets extérieurs nourrit une vision à long-terme par la mise en lien entre initiatives (Bio Ariège-Garonne HmmLab, 09).

 

Critère 5 : Dignité et reconnaissance de droits et pratiques culturelles

Freins

  • L’expertise citoyenne est difficilement reconnue par les “expert·e·s” en tant que telle, d’autant que les personnes ont généralement besoin d’une vulgarisation des propos tenus par ces mêmes “expert·e·s” (PETR Ariège, 09).
  • Il est difficile de réellement mettre en valeur les connaissances des personnes concernées de manière concrète (AlimEco, 31)


Leviers

  • Il faut faire preuve de vigilance quant à la place accordée à chaque participant·e dans le groupe (Caissalim, 31).  
  • Ce qui est important est la création d’un espace de confiance et d’un cadre flexible pour que chaque habitant⸱e en fonction de sa situation se sente libre de venir ; les personnes sont venues car elles ont suffisamment confiance et qu’il y a une forme de réciprocité dans les échanges (Les Invisibles, 31).

 

Critère 6 : Capacité d’adaptation de l’initiative

Freins

  • La capacité d’adaptation est déterminée par le nombre et la disponibilité des personnes, ainsi que par leur volonté d’assumer l’ampleur du projet. En général, on se demande si le public partage l’urgence de remettre en question telle ou telle partie du projet. En fait, c’est souvent par ignorance que l’on se dit : ” Bon, ils ne vont pas y aller, ça ne va pas répondre”. C’est souvent en expliquant les choses, en verbalisant, que les malentendus se dénouent (Mix’Agrumes, 31).


Leviers

  • Comme l’accompagnement est conçu en collaboration avec les acteurs du territoire, dont les citoyen·ne·s, l’initiative s’adapte beaucoup mieux. L’assemblée a été définie par les citoyen·ne ·s, qui la construisent (Colibris, 30). 
  • En cas de conflit, le dialogue est encouragé (Caracole, 31).
  • La communication ouverte permet d’ajuster au quotidien ce que les personnes font et la manière dont elles le font à Alimeco (31).

 

Critère 7 : Intégration dans l’écosystème territorial
(coopération, plaidoyer commun) et  de transformation systémique sur le long terme (le modèle économique, son inscription dans le temps)

Freins

  • Le travail de plaidoyer commun se poursuit dans des logiques d’action, de coopération et de décloisonnement, par exemple relier les systèmes alimentaires aux questions de santé. Avoir un plaidoyer plus global est une nécessité car le niveau local est insuffisant. (Communauté de Communes du Haut-Allier – PAT CLS, 48).
  • Il existe des freins à la participation : le temps de travail ou d’activité. Lorsqu’il y a duplication des efforts, les personnes, et par conséquent l’implication, s’épuise. (PETR Ariège, 09).
  • Parfois, une petite partie du collectif est intéressée, tandis que l’autre partie, pour diverses raisons n’est pas du tout impliquée. (Maillon Solidaire, 66).
  • Les déplacements dans un contexte rural se posent de manière cruciale : est-il pertinent d’imposer indirectement aux personnes vivant dans des communes plus éloignées d’emprunter leur voiture pour participer aux réunions ? (Tiers-Lieu Orris, 09).


Leviers

  • De nouveaux processus démocratiques sur les questions alimentaires peuvent amorcer la création d’un système différent et adapté (HmmLab, 09). 
  • Le principal changement systémique est lié au regard porté sur les personnes concernées par des situations de précarité et la place qu’on leur laisse dans la prise de décision : les bénévoles des institutions de l’aide alimentaire ne doivent pas les voir comme des bouches à nourrir ou des personnes qui viennent faire la queue. Les personnes concernées doivent être respectées notamment lorsqu’elles refusent certains aliments pour des raisons culturelles (Secours Catholique – Délégation Tarn- Aveyron-Lozère, 12).
  • L’essaimage se fait au travers de la transmission de connaissances plutôt que par l’application d’une méthodologie (Bio Ariège-Garonne HmmLab, 09) 
  • Relation avec le territoire sous l’angle du travail en commun : il s’agit de tisser ensemble, à partir de sa propre pratique, ce qui peut faire déjà du commun mais aussi être complémentaire par rapport à ce qui se fait déjà par d’autres acteurs (Mix’Agrumes, 31).